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Les pages politiques de Mirabelle

Les pages politiques de Mirabelle

La chatte rebelle et sans parti

La naissance de l'Etat ... entre mythologie et anthropologie

L’Hérétique me tague sur la chaîne de la mythologie, je vais répondre par une histoire anthropologique de l’apparition de l’Etat, telle qu’elle m’a été enseignée par Monsieur  Gérard Courtois, lors de mon DEA d’Histoire et anthropologie du Droit que j’ai suivi, il y a bien longtemps maintenant, à Nanterre.

Cette apparition de l'Etat n’appartient à aucun lieu particulier, c’est ce qui se manifeste un peu partout.

Ainsi nous allons pouvoir constater que si le religieux peut avoir une influence sur l’apparition des structures politiques, inversement, le politique peut modifier la teneur du religieux.             

Dans les sociétés traditionnelles, les anciens vivants ont l’autorité, car  il se produit  que les ancêtres (défunts) considérés comme des surhommes, projettent leur ombre sur eux, et qu’ainsi l’autorité leur est accordée. Ainsi, ils règlent les petits conflits, font vivre la tradition…

Cette reconnaissance provoque une première coupure entre les hommes, qui commencent à se distinguer les uns des autres.  Cette évolution n’oppose pas un pouvoir laïc et un fondement religieux, le nouveau pouvoir se présente d’abord comme essentiellement occupé à gérer le sacré.

Ainsi dans les sociétés traditionnelles, il y a des Maîtres rituels, en charge d’un secteur religieux pour tous les sous-groupes de la société.  Par exemple, en Haute Volta, il y a un Maître de la Terre, ritualiste très important qui est lointainement apparenté avec les premiers occupants humains de la terre, et qui ont obtenu les premiers l’autorisation des puissances chtoniennes de s’installer sur certains lieux. Ce sont eux, qui par des rites réguliers, et lorsqu’il y a une crise, sont chargés de maintenir les bonnes dispositions des puissances chtoniennes à l’égard des humains.

 

Les Maîtres de la Terre sont tellement importants, que les conquérants ne peuvent en aucun cas accéder à la terre sans leur collaboration: les conquérants gèrent ce qui relève du royaume en général, mais sont totalement incompétents pour les affaires locales, l’accès à la terre suppose que les principes vivants, les esprits qui sont dans la terre sont d’accord, et il y a un ritualiste qui est chargé des échanges entre les vivants et les esprits, c’est le Maître de la Terre.

Ce Maître de la Terre appartient à un lignage, un clan.  Il a les recettes magiques pour que la ulture des ignames soit profitable. Lorsqu’il y a besoin d’abattre un arbre pour se tailler des harpons pour pêcher ou des pirogues, l’arbre étant quelque chose de vivant, il y a un dieu dans l’arbre, là aussi le maître rituel va rendre favorable l’être qui est dans l’arbre pour qu’il accepte d’être abattu.

Ainsi,  la société dispose d’une série de maîtres rituels : maître des masques, maître de l’initiation des jeunes, de la pluie etc. Il y a donc une sorte de répartition des fonctions religieuses et une des clés est que chaque élément de la société est complémentaire des autres.

Dans ces sociétés, le chef ne domine pas les rituels, il harmonise les calendriers rituels et se contente de représenter l’identité du groupe vis-à-vis de l’extérieur et de rappeler la tradition à l’intérieur.

Très habilement, le chef est pris hors de la société, c’est un étranger pour ne favoriser aucun clan local. Ce roi devient le dépositaire du sacré, et c’est à partir de lui que va pouvoir se générer lentement un roi au sens politique. Ce roi est une force de maintient de la prospérité collective qui va peu à peu élargir sa sphère d’influence, modifier ses prérogatives et commencer à devenir un organe destiné à coordonner les activités de la communauté.

Il avait le pouvoir religieux, petit à petit, il prend le pouvoir social. Il fait communiquer le religieux  et le social mais aussi fait écran en montrant que les hommes commandent les hommes, et que celui qui interprète les dieux et la tradition est aussi peu à peu innovateur et législateur. Dans l’Iliade et l’Odyssée, on voit que le roi n’a absolument aucun pouvoir d’innovation, il ne connait que la coutume, sa fonction est de déclarer le droit et non de le créer… seulement, des rois dévient de la tradition et il commence à y avoir dans la société un organe qui permet son adaptation à de nouvelles conditions, le gouvernement va changer la tradition. La gouvernementalité naissante va produite du religieux de 3 manières :

Par l’accentuation de la coupure entre nature et surnature : dans le temps de la stricte religion des ancêtres, le présent et le passé étaient imbriqués, or, le présent se disjoint du passé par rapport à ce qu’il fonde, mais en même temps il est conjoint apr ce qu’il reçoit de passé sous forme d’héritage, c’est le paradoxe. La division de la réalité entre deux sphères, celle des ancêtres et aujourd’hui devient un problème car dès l’instant où la sphère d’aujourd’hui n’est plus l’exacte copie d’autrefois, se fait jour l’idée que la sphère d’autrefois doit être peuplée d’êtres finalement plus différents qu’on le pensait, donc plus divins et moins ancestraux. Il y a donc un premier ébranlement du religieux.

Par la subjectivation des dieux : lorsque l’ordre gouvernemental apparaît, il ne veut pas que cela se voit car il n’y a pas d’autre légitimité que la tradition, aussi se présente-t-il toujours comme la charnière du visible et de l’invisible. Il n’empêche que le gouvernement est dans une tension avec le reste de la société et que les difficultés vont s’accumuler, il faudra innover, agir … en innovant il va dire que son action correspond en réalité à la véritable volonté des êtres des origines … mais alors il doit être capable d’interpréter cette volonté, et aura recours à des prêtres spécialisés qui diront que tel ou tel aspect n’avait pas été bien compris ou que les nouveautés s’intègrent bien  dans les fins voulues par les Dieux…  Ces procédés sont graves pour la religion car c’est dire que le message n’a pas été donné une fois pour toutes, qu’on peut spéculer, interpréter…


           L’apparition des structures de gouvernementalité entraîne une modification du sens de la guerre qui a des effets religieux. La guerre dans les sociétés traditionnelles permettait l’échange, ce qu’il y a de plus fondamental dans le social : échange de biens, de paroles, de conjoints. Il y a un grand jeu d’échange entre les familles qui entraîne la solidarité entre elles. Souvent lorsqu’il y a une difficulté entre deux familles, les femmes deviennent ambassadrices de leur groupe et pacifient la société par le mariage. L’échange parfait est celui des indiens du long de la Cordillère des Andes qui oblige le chasseur à donner sa proie alors que d’autres vont offrir ce qu’ils auront chassé à sa propre famille, c’est ce qui renforce les liens sociaux. Cependant dès que l’appareil politique se dégage du corps social, cette logique peut se fissurer … l’appareil politique commence à passer au-dessus de la société, commence à la gérer, il n’est plus tenu par la seule logique communautaire, il intègre d’autres éléments, il peut se faire conquérant et assimilateur car pour lui les appartenances socioculturelles ne sont plus aussi importantes. Chacune des sociétés va devoir vivre avec des gens différents. La guerre qui était gardienne du multiple devient instrument d’unification, ce changement a une influence culturelle considérable, car tout devient incertain, et ce trouble appelle une nouvelle synthèse religieuse qui conviendrait à toutes les composantes de la société devenue hétérogène. La perception du divin devient insuffisante, l’espace s’ouvre pour les religions universalisantes.

     




Suite au prochain épisode … en attendant je transmets la patate à  Ataraxophère, Sylvie TigerOlivier Montbazet et  Hervé Torchet

 

 

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CK 01/06/2009 01:35

Belle reflexion!! Attands la suite ...

l'hérétique 31/05/2009 23:30

Billet de toute beauté. J'ai hâte de lire la partie II et attends avec impatience de découvrir quel héros tu auras choisi au final...

florent 31/05/2009 01:25

Je suis impatient de lire la suite :)Je n'ai aucune compétence en mythologie n'ayant lu en entier que l'Odyssée (et qq autres bricoles mais sous forme d'extraits) mais puisqu'il est permis de dévier je vais peut-être trouver autre chose... En tous cas ce ne sera pas avant le week-end prochain, car d'ici là j'ai déjà programmé d'autres billets et surtout je dois tracter ^^

KaG 30/05/2009 23:50

Ouch ! Merci :)Héros de l'antiquité ?Mhhhh je préfère les dieux et demi-dieux... Mais je vais essayer de trouver ça demain.(en fait, chez les Grecs, j'ai un faible pour... Pan, et chez les Nordiques pour Thor)