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Les pages politiques de Mirabelle

Les pages politiques de Mirabelle

La chatte rebelle et sans parti

La naissance de l'Etat (2)

La structure gouvernementale n’entraîne pas de manière mécanique tous ces remaniements, mais elle rend possible les fissures, secrètement, tout l’ancien monde, petit à petit, tout l’équilibre religieux ancien, deviennent intenables. Ce qui amène à la période axiale de l’histoire des religions.

On observe que de la Perse à la chine, de l’Inde à la Grèce, en passant par la Palestine, de grands réformateurs vont en un demi millénaire modifier la substance même du religieux.

Zarathoustra au XIIIème siècle avant notre ère, Lao-Tseu aux IVème-Vème siècle avant notre ère, Bouddha au Vème siècle avant notre ère, les prophètes  d’Israël du VIIIème au VIème siècle : Isaïe au VIIIème, Jérémie au VIIème, Ezéchiel et Daniel au VIème.

Le Christianisme et l’Islam sont des prolongements de ce mouvement.

Il y a avant et après. Tout bascule à ce moment.

Ces religions développent l’idée d’une transcendance du divin avec un creusement jamais vu jusque là entre l’ici-bas terrestre et l’au-delà divin. Les Dieux nouveaux sont des Dieux et non plus des ancêtres, ils sont beaucoup plus divins, beaucoup plus loin des hommes qu’ils ne l’étaient dans les religions traditionnelles.

Se développe l’opposition d’un monde vrai et juste opposé à ce bas monde en lui-même plus ou moins déprécié, et l’idée d’une contrainte que les individus doivent exercer sur eux-mêmes pour faire leur salut. Dans les sociétés traditionnelles, si on commettait une faute, il y avait toujours un rituel pour la rattraper, il suffisait de se procurer une belle bête et de faire un rituel en sacrifiant l’animal aux dieux. Dans les religions nouvelles, on demande une ascèse personnelle, une intériorisation de la faute et l’idée que l’humanité porte en elle du mal, un mal intime qu’elle peut surmonter avec un certain travail sur elle-même. Il faut se transformer soi-même.

De même les religions précédentes étaient polythéistes, dorénavant il y a un dieu, et ce dieu unique est responsable de tout le monde, ce qui signifie qu’il a eu un plan pour le créer.

L’aspiration à un autre monde et la dépréciation de ce monde-ci engage les tenants de ces religions à la quête d’un salut personnel après la mort.

Dans les religions traditionnelles, on ne meurt pas, car si votre descendance fait les funérailles nécessaires, si elle rappelle votre souvenir continuellement aux alliés, à la parenté en faisant régulièrement des fêtes pour vous honorer, vous prenez le statut d’ancêtre et à tout moment vous pouvez intervenir sur terre … donc il y avait une autre vie.

Ces nouvelles religions apportent l’idée d’un salut individuel et les religions musulmane et chrétienne de se rapprocher de Dieu quand on sera vraiment pur en tant qu’individu. Il y aura les bons qui auront le droit de voir Dieu et les autres qui resteront dans la noirceur … Ce sont des religions profondément individualisantes. Votre descendance pourra faire toutes les cérémonies, cela ne changera rien. Ceci est extrêmement neuf.

Cela signifie que la figure de l’individu que nous vivons et incarnons apparait dans la religion. Ce que nous réalisons aujourd’hui c’est le programme de la religion, et que la laïcisation comme Spinoza l’avait bien compris, c’est le fait que l’humanité n’ait plus besoin des béquilles de la religion pour faire ce que la religion lui a appris de faire, d’où le dialogue extraordinairement confus entre les laïques qui se croient, sont hâtés et qui réalisent le programme de la religion en disant que l’humanité a tout ce qu’il faut par elle-même pour réaliser l’individualité libre, or, cette individualité, c’est la religion qui a appris à l’humanité ce que c’était. Et donc, il y a des religions qui sont allées jusqu’au bout de ce processus, ce sont celles qui ont préparé l’humanité à sortir de la religion, et la religion qui est allée le plus loin dans ce sens c’est le christianisme, et ce n’est pas pour rien que l’athéisme et nulle part ailleurs s’est développé dans un seul lieu : les lieux de la religion chrétienne.

Ainsi dans la religion première, la division religieuse passe entre l’ordre humain et son fondement originaire. Avec l’apparition du pouvoir gouvernemental, la division passe entre les  hommes, et avec les nouvelles religions, la division va passer à l’intérieur de chaque homme (chair-esprit, bien-mal…toutes les figures du dualisme que ces religions apportent).

Ces religions modifient la manière d’entendre la vie de 3 façons :

 

Elles admettent qu’au fond de soi on peut mobiliser un autre soi

Elles effectuent un retrait par rapport à ce que Platon appelle le harcèlement du monde sensible. Elles réduisent le morcellement, la bigarrure du monde, car elles cultivent une pensée de l’un alors que les religions anciennes s’ouvraient au multiple. Ainsi  l’imputation de tout ce qui est a un principe unique et une seule volonté.

La conception du social mute : jusque là les devoirs des individus étaient toujours des droits sociaux alors que les nouvelles religions mettent l’accent sur un au-delà, un principe plus lumineux et vont essayer de hiérarchiser les devoirs sociaux : ceux qu’il faut absolument remplir puis on décolle dans le méta-social, le métaphysique … quelque chose de plus haut et de plus vrai que le lien social. Même si elles veulent en particulier maintenir l’ordre social et légitimer les pouvoirs, la distance qu’elles vont introduire entre l’ici-bas et l’au-delà rend impossible leur liaison. Le politique a beau utiliser le religieux pour se légitimer, la croyance est désormais en rapport avec un principe au-dessus du politique et au-dessus du social qui est Dieu. C’est la fameuse parole révolutionnaire de Jésus Christ : « Mon royaume n’est pas de ce monde » ainsi que « rendre à César ce qui est à César et donner à Dieu ce qui est à Dieu ». Ces formules, inaudibles dans les sociétés traditionnelles, disent qu’il y a désormais plus haut que la société, et le pouvoir politique qui croyait que la référence divine était ce qu’il y avait de plus sûr pour lui, voit ce principe se fissurer.

Ce qui est en marche c’est que le religieux va passer au-dessus du politique et va vouloir lui dicter ses lois. Il va y avoir concurrence pour savoir lequel des deux est le plus proche du message originel, d’où des querelles infinies. Ainsi le religieux montre sa pente qui était d’immobilité et de foi dans les origines pour devenir un ferment d’incertitude et de renouvellement, et ce qui soutenait le pouvoir politique pourra se retourner contre lui.

Toutes les religions issues de la période axiale ne se développent pas intégralement. En particulier, sur le plan politique, en Iran, en Inde, en Chine, le dualisme composera avec une conception hiérarchique qui empêche de retourner contre le pouvoir les principes qui le dépasseront. C’est seulement dans le cadre des religions du Livre que ces tendances pourront se développer.

 La promotion de ce divin unique transcendant et tout puissant rassemble sur cette nouvelle figure la multitude d’esprits qui animaient toute la nature qui se trouve désertée de toutes ses forces occultes, la nature se désacralise, le monde se désenchante, ce qui est enchanteur et enchanté n’est plus qu’en Dieu, et c’est la condition nécessaire pour que l’homme puisse en devenir  possesseur et maître, en la soumettant à ses projets sans crainte d’y déranger un ordre divin… Jésus n’est pas venu sauver la nature, mais l’homme …

 

 

 

 

 

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CK 02/06/2009 21:51

C'est chaque homme s'ii le vaut bien  ?Des Ancêtres à Jésus Long Chemin Pas Facile (pour un mécréant) mais trés intéressant!!  

Mirabelle 02/06/2009 23:17


Ah ! joli !!!! ... mais finalement, de Jésus ou des Hommes ... quelle importance ? ... prenez celui que vous voulez, celui qui vous fait plaisir ... c'est aussi une question de liberté ...


l'hérétique 02/06/2009 12:54

C'est donc Jésus ?

Mirabelle 02/06/2009 17:42


héhé ... à ton avis ????