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Les pages politiques de Mirabelle

Les pages politiques de Mirabelle

La chatte rebelle et sans parti

Quel régime politique ? (1)

On considère généralement que la classification des régimes est commandée par la détermination du meilleur, question centrale de l’Antiquité, car il importait de bien choisir sa cité.

Hérodote, déjà, avait rapporté un débat sur la meilleure forme de gouvernement à instaurer. Dans ce texte, apparaissait une classification des régimes qui divisait traditionnellement les constitutions en monarchie, aristocratie et démocratie.

Reprenant cette classification, Aristote distingue six formes de gouvernements: les trois formes droites: monarchie, aristocratie, politie, auxquelles il ajoute trois formes déviées correspondantes: tyrannie, oligarchie, démocratie.

Cette classification est particulièrement développée et mise en valeur par Polybe et sera maintenue dans l’époque moderne avec cependant des variantes et aménagements.

Pour expliquer le système politique romain et prévoir l’avenir de Rome, Polybe reprend deux approches théoriques d’origine grecque.

La première, qui est la théorie de l’anacyclosis, règle en principe le problème de la succession des régimes en soutenant que la vie politique suit un processus cyclique qui utilise outre les trois régimes fondamentaux, trois autres régimes qui sont les formes dégénérées des premiers qui alternent dans l’histoire avec eux, et dont l’ordre est fixe. Ainsi, en prologue au cycle, la force brute établit une sorte primitive de royauté qui devient peu à peu monarchie, mais qui dégénère tôt ou tard en tyrannie, puis est remplacée par l’aristocratie qui dégénère à son tour en oligarchie qui est alors remplacée par la démocratie. Celle-ci dégénère en une période d’anarchie marquée par le pouvoir de la rue qui sera suivie par une nouvelle émergence de la monarchie primitive, et le cycle reprend.

Puis, Polybe complète cette première loi naturelle, d’une deuxième théorie qui assimile les régimes politiques à des organismes vivants qui supposent naissance, croissance, apogée, déclin et mort.

Ces conceptions sont largement reprises par Machiavel, qui évoque la classification classique tripartite: monarchie, aristocratie, démocratie, sous les noms de principato, ottimati, et populare. Là, il accole à ces trois types de régimes réputés bons quand ils sont dans leur juste milieu et qu’ils procèdent au gouvernement par l’usage des lois, les régimes corrompus qui leur correspondent: la tyrannie, l’oppression de quelques-uns, l’anarchie née de la licence de tous, et, à son tour conclut à l’existence d’un cycle politique naturel, l’ascension étant toujours suivie d’une phase de décadence, la cité des hommes ayant, comme tout être vivant, une naissance, un âge adulte, une sénescence et une mort.

Sa méthode est qualifiée de scientifique et inductive car elle s’appuie sur l’expérience. Son originalité par rapport aux Anciens est qu’il fonde son analyse sur les comportements humains: «  Les affaires du monde sont conduites par des hommes qui sont toujours motivés par les mêmes passions qui engendrent les mêmes types de solutions et de résultats ». Ainsi, la décadence ou le renouvellement de la cité résulte aussi du comportement de ses membres, de sorte que les hommes ont une influence sur l’histoire.

Ainsi, la théorie de l’anacyclosis devient chez Machiavel il cerchio, et un Etat tournerait indéfiniment dans ce cercle de régimes, s’il ne lui arrivait pas - et c’est là la différence d’avec Polybe - de s’affaiblir au cours de ce cheminement circulaire, au point de devenir la proie d’un voisin plus puissant.

Ainsi, comme le résume Pierre Mesnard dans son livre: L’essor de la philosophie politique au XVIème siècle - Vrin - 1952 , Les Etats qui ont établi leur pouvoir conformément à l’une des trois formes primitives sont soumis en définitive à trois ébranlements combinés:

- le mouvement propre à leur régime, du mode sain au mode corrompu, qui fait tendre la monarchie vers la tyrannie, l’aristocratie à l’oligarchie et l’Etat populaire à la confusion.

- la grande révolution cyclique des trois formes fondamentales de gouvernement, par laquelle monarchie, aristocratie démocratie se succèdent tour à tour. Ces deux mouvements ont pour résultat un affaiblissement progressif de la cité, une dégradation de l’énergie politique, qui met ces nations en état de moindre résistance.

- c’est alors que se produit le troisième ébranlement qui pose le point final à l’histoire du pays comme gouvernement autonome: l’attraction de l’Etat sain à l’égard des Etats malades ou corrompus et la conquête de ces derniers par le voisin bien portant.

 

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Thierry P. 06/12/2009 21:25



Yes. Ca remarche, je peux enfin poser un commentaire ;-)
Très intéressant, j'attends la suite avec impatience.



Mirabelle 06/12/2009 21:32


ça vient, ça vient ...


florent 01/12/2009 01:27


Je faisais référence à mes souvenirs, qui datent :ox


Mirabelle 01/12/2009 01:30


c'est déjà pas si mal :)


florent 01/12/2009 01:12


oups désolé, dans ce domaine j'ai un bagage très limité, lacunaire et... un peu ancien ^^'


Mirabelle 01/12/2009 01:20


Non non, pas si ancien que cela, Polybe aussi en parle comme la dégénérescence de la démocratie ... mais c'est davantage affirmé avec Rousseau qui considère la démocratie comme une forme idéale ...


florent 01/12/2009 00:57


Merci pour ce panorama qui rafraîchit la mémoire :)

Mais dans mon souvenir, la démocratie était la forme "droite" et sa forme "dégénérée" était l'ochlocratie...


Mirabelle 01/12/2009 01:08


ça c'est Rousseau ... je n'en suis pas encore là ... j'y viens dans le prochain billet :)