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Les pages politiques de Mirabelle

Les pages politiques de Mirabelle

La chatte rebelle et sans parti

Quel régime politique ? (2)

http://mailer.fsu.edu/~njumonvi/montesquieu%201.jpgJe reprends ici la suite du premier article en abordant le point de vue de Montesquieu .

 

Lorsque Montesquieu étudie les principes des trois formes de gouvernement,  les rapports des lois avec ces principes, la corruption de ces principes, les lois dans leur rapport avec la force défensive et offensive, les lois qui forment la liberté publique dans son rapport avec la constitution et dans son rapport avec le citoyen, la recherche qu’il entreprend élargit l’analyse qui découvre des rapports entre finances publiques et liberté, s’efforce de définir dans quelle mesure les institutions sont déterminées par le climat et la géographie physique, l’évolution de l’économie, du commerce, de la monnaie et de la banque, les conditions démographiques, la vie intellectuelle, morale, religieuse. Influences dont  Machiavel n’a pas tenu compte.

Classant chaque forme de gouvernement, Montesquieu parle d’abord de sa « nature » (la répartition institutionnelle du « pouvoir souverain », ce qui le fait être), puis de son « principe » (les passions spécifiques, la « modification de l’âme » requise chez les habitants comme étant le « ressort » qui fait fonctionner chaque mécanisme institutionnel, ce qui le fait agir). Il en distingue trois:

         - le gouvernement républicain: celui où le peuple en corps ou seulement une partie du peuple a la puissance souveraine: il existe donc deux formes distinctes de république, la république démocratique dont le principe est la vertu, c’est à dire la faculté pour chaque citoyen de faire passer l’intérêt général avant l’intérêt particulier, et la république aristocratique dont le principe est la modération dans l’usage de l’inégalité.

         - le gouvernement monarchique, où un seul gouverne mais qui ne se confond pas avec le despotisme car le monarque gouverne selon les lois fondamentales qui s’exercent grâce à des pouvoirs intermédiaires, son principe est l’honneur, c’est à dire l’esprit de corps, et ne se trouve donc pas entre les mains du monarque.

         - le gouvernement despotique, seul type de gouvernement qu’il condamne formellement, dont la nature est qu’un seul gouverne selon son caprice, sans lois ni règles. Son principe est la crainte. Derrière le despotisme, Montesquieu vise la monarchie absolue.

Montesquieu creuse la différence entre la monarchie et le despotisme (deux régimes d’un seul) en précisant que ce qui distingue despotisme de la monarchie, c’est la manière d’obéir: obéissance immédiate au despote, alors qu’obéissance différée dans la monarchie car les corps intermédiaires intercalent des délais entre la décision du prince et le moment où elle est obéie.

Il ne s’agit donc pas de nier que le Roi détienne le pouvoir suprême, mais de montrer que l’exercice de ce pouvoir lui impose des limites. Cette limitation provenant des effets rationnels du fonctionnement des différents corps intermédiaires. Et, le ralentissement qu’entraînent leurs interventions faites « de tempéraments, modifications, accommodements, termes, équivalents, pourparlers, remontrances » transforme la volonté despotique « capricieuse et momentanée » en une volonté raisonnable. Le pouvoir s’installe ainsi dans la durée, on n’a plus l’instabilité du caprice, mais des lois fixes et établies.

Ainsi, la distinction par Montesquieu de trois formes de gouvernement (république, monarchie, despotisme) rompt avec la typologie de la philosophie antique. La démocratie et l’aristocratie perdent leur autonomie, ne sont plus que des formes de la république.

Le classement traditionnel trialiste - monarchie, aristocratie, démocratie- n’est pas rejeté, mais il ne présente plus à ses yeux que le cadre extérieur et conventionnel au sein duquel se déploie désormais une pensée politique fondamentalement neuve.

Ainsi, les gouvernements se répartissent selon deux axes: le premier sépare les gouvernements anciens (républicains) de la modernité monarchique, le deuxième, faisant de la légalité la détermination principale du pouvoir, marque l’opposition entre les gouvernements d’un seul, qui deviennent des contraires: le despotisme est la forme corrompue ou déviée de la monarchie.

La dualité des gouvernements modérés et des gouvernements despotiques, qui s’est substituée, à la suite d’une transformation de la typologie de départ, domine le livre XI de l’Esprit des Lois, consacré à la liberté politique. C’est en effet le critère de la légalité qui permet de définir la liberté, « le droit de faire tout ce que les lois permettent ». La distinction traditionnelle, dont le critère est la participation au pouvoir, ne peut qualifier la liberté: « la démocratie et l’aristocratie ne sont point des Etats libres par leur nature », car le mot de liberté « n’exprime proprement qu’un rapport et ne peut servir à distinguer les différents gouvernements » (Pensées).

En fait, Montesquieu ne croit pas à la république, car pour lui, le temps des républiques est passé (L. Althusser). Ne connaissant que la démocratie directe des cités antiques, il la considérait comme impraticable dans les Etats modernes, de plus grande dimension et nécessairement monarchiques.

Lorsqu’il pense à une république, c’est à une république de « notables » (Althusser). Ses modèles favoris: monarchie anglaise, monarchie française antérieure à l’absolutisme, sont peu démocratiques, mais il y a l’exemple de Rome, démocratie selon le cœur de Montesquieu. Certes, pour lui le peuple est « entièrement incapable de prendre des résolutions actives » (XI, 6) et de « conduire une affaire »; mais il lui reconnait toujours la « capacité de se faire rendre compte de la gestion des autres » (II, 2) ou « pour choisir ses représentants » (XI, 6). Quand il déclare que « Dans l’Etat populaire, la liberté publique est une partie de la souveraineté » (XII, 2) il confirme que la théorie de la souveraineté populaire si développée chez Rousseau n’est pas absente chez lui.

( ce que nous aborderons la prochaine fois)...

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Ch. Romain 25/04/2010 09:33



J'admire votre curiosité intellectuelle !   ;-)



Mirabelle 25/04/2010 22:02



Citez mes des auteurs plus sérieux, et je serais plus curieuse



Ch. Romain 25/04/2010 09:04



En effet. Il ne s'agit pas du tirage au sort des archontes grecs, mais de la proposition très construite et argumentée d'un système à instaurer, effectivement fondé sur le tirage au sort. Au
surplus, la première partie du bouquin est une critique assez bien étayée du fonctionnement des partis politiques. C'est déjà ancien (1995, je crois), mais ça reste fichtrement d'actualité.


 


Amitiés,



Mirabelle 25/04/2010 09:13



En général ceux qui nous ressortent le tirage au sort combattent les partis politiques qu'ils rendent responsable de la tendance aristocratique ... mais bon ... à chacun ses utopies... et tout
peut toujours se discuter...



Ch. Romain 25/04/2010 08:49



Vous êtes-vous renseignée sur la stochocratie ?


Si vous pouvez le trouver, je vous conseille la lecture de "La Stochocratie" par Roger de Sizif, éditions Les Belles Lettres.    ;-)



Mirabelle 25/04/2010 08:56



Bonjour Christian je ne vois pas trop l'intéret ici de parler du tirage au sort des archontes grecs ... je ne faisais pas d'allusion aux modes de scrutin mais simplement aux régimes politiques
... mais peut être aviez vous une idée précise ?


amicalement


 



Thierry P. 13/04/2010 21:07



Beau travail :-) Que dire de plus après Montesquieu ?


Je me pose souvent la question relative au régime qui "nous" conviendrait le mieux actuellement. Sans renier le principe de la souveraineté qui appartient au peuple, il me
semble que la forme de république aristocratique serait pourtant la mieux adaptée pour faire face aux nombreux défis qui vont se poser.


Sous quelle forme concevoir le régime idéal ? Certes, ce serait une République où l'exécutif gouvernerait, mais sous le contrôle d'un Parlement qui ferait
vraiment usage de ses prérogatives. Nous en sommes loin...


Enfin je me demande comment Montesquieu pourrait qualifier l'actuelle gouvernance de ce pays. S'agit-il d'une forme de despotisme ?



Mirabelle 16/04/2010 09:31



l'actuelle gouvernance pourrait être qualifiée dans les termes de l'époque de despotisme ... et aujourd'hui d'absolutisme présidentiel ...


quant à trouver la bonne forme qui ne se dégraderait pas ... pfff ... dans nos rêves ...