Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les pages politiques de Mirabelle

Les pages politiques de Mirabelle

La chatte rebelle et sans parti

Quel régime politique ? suite et fin

http://espritaveugle.e.s.pic.centerblog.net/2o2clanv.jpg

Dans le système de Rousseau, le gouvernement ne joue qu’un rôle subordonné. Rousseau distingue le souverain, peuple en corps qui établit les lois, et le gouvernement, groupe d’hommes particuliers qui les exécutent. La principale fonction du souverain est de faire les lois, qui ont une valeur religieuse et qui sont le reflet d’un ordre transcendant.
Le gouvernement est un simple agent d’exécution, les gouvernants sont les dépositaires du pouvoir, mais ils n’ont par eux-mêmes aucun pouvoir: simples officiers du souverain, ils exercent en son nom le pouvoir dont il les a fait dépositaires, et qu’il peut modifier, limiter et reprendre quand il lui plaît.

L’histoire des gouvernements qui suit l’institution de la société civile est celle d’une irrésistible dégradation. Bien loin d’enrayer la situation qui en avait provoqué l’existence, les gouvernements ne font qu’ajouter la servitude politique à l’inégalité sociale. Le contrat a été d’emblée compromis d’avoir été proposé par les riches: l’intérêt d’une partie ne peut se transformer en intérêt commun. La distinction des formes de gouvernement n’affecte pas la nature de la souveraineté.

Rousseau retrace à grands traits les destinées politiques de Rome, pour montrer que, certes, le gouvernement y a dégénéré, en se « resserrant » de la démocratie à l’aristocratie puis à la royauté et au despotisme. Aux cycles des gouvernements, il ne conserve que le schéma général du déclin. Le problème spécifique des constitutions, de leur altération respective et de la naissance qu’elles tiennent les unes des autres, est à peine pris en considération. Selon lui, les trois formes « simples » de gouvernement naissent, chacune spontanément, selon les différents degrés de l’inégalité pré-constitutionnelle et non pas au cours d’une évolution à partir d’un terme unique.

Le progrès de l’inégalité ne se définit pas par la « corruption des principes des trois gouvernements », telle que Montesquieu, à la suite des Anciens, l’avait précisée pour chacun des trois ou quatre régimes: elle se détermine par une loi universelle, énoncée dans le Contrat: la « pente à dégénérer » étant selon le Contrat un « vice inhérent et inévitable » des corps politiques, et dont Rousseau se borne à établir les trois degrés où elle s’applique successivement. Ces trois stades reprennent les choses de plus haut, puisque le premier se place au moment du pacte social.

Ce qui caractérise la volonté générale, comme volonté politique, c’est sa capacité à devenir particulière: c’est en cela qu’elle ne se transforme pas en volonté universelle. La distinction du souverain et du gouvernement est celle de la généralité de la loi et de la particularité des décrets qui l’appliquent. C’est pourquoi ils doivent être séparés: la volonté particulière du gouvernement menace de corrompre celle du souverain, et c’est du gouvernement que provient « la pente à dégénérer » des corps politiques, ainsi Rousseau exclut-il la démocratie, confusion du souverain et du gouvernement, qui ne pourrait convenir qu’à « un peuple de Dieux ».

Pourtant, sans le gouvernement, on se trouve dans une situation d’ « anarchie »: il faut que la généralité de la loi s’applique à la particularité des cas pour devenir réelle.

Lorsqu’il aborde la question du gouvernement, Rousseau retrouve les arguments relativistes de Montesquieu: ceux d’une politique du particulier, qui est une politique de l’existant. Rousseau passe en revue trois types de gouvernement:

            - la monarchie, dont il fait une vive critique, car « son but n’est point celui de la félicité publique, et la force même de l’administration tourne au préjudice de l’Etat ».

            - l’aristocratie, qui peut être héréditaire ou élective. L’aristocratie héréditaire est un système détestable, mais « c’est l’ordre le meilleur et le plus naturel que les plus sages gouvernent la multitude »;

            - enfin la démocratie, c’est à dire d’après la terminologie de Rousseau la confusion du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif. Ce type de gouvernement est pratiquement irréalisable et il présenterait d’ailleurs des dangers, car il n’est pas bon que celui qui fait les lois les exécute, ni que le corps du peuple détourne son attention des vues générales pour la donner aux intérêts particuliers.

Finalement Rousseau s’abstient de recommander telle ou telle forme de gouvernement: « chacune d’elle est la meilleure en certains cas ou la pire en d’autres ». Après avoir choisi un chemin si différent de Montesquieu, Rousseau n’est pas loin de conclure comme lui que la forme des gouvernements doit dépendre des situations locales, et qu’il est absurde de vouloir imposer partout une solution unique; ce relativisme apparaît clairement dans les écrits sur la Pologne et sur la Corse; d’autre part que le problème du gouvernement est secondaire et que le gouvernement a tendance à dégénérer, à trahir la souveraineté. Rousseau pense au fond comme Montesquieu, que les institutions ne sont rien sans les mœurs et il estime qu’il faut d’abord s’attacher à former les citoyens. Le grand problème pour Rousseau consiste à assurer la solidarité du corps social.

La politique n’a qu’un objet, rigoureusement déterminé: la liberté des citoyens associés. Une seule forme, la souveraineté du peuple, l’atteint; elle est donc la seule réponse possible au problème unique et parfaitement déterminé de la politique que Rousseau formule avec la plus grande précision: « trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et demeure aussi libre qu’auparavant. »

Rousseau a confiance dans l’Etat démocratique qu’il entrevoit nettement dans le suffrage universel, dans le gouvernement direct. Il a confiance dans la volonté générale qui absorbe l’individu, dans l’idéal de solidarité réalisé par l’Etat, dans l’âme de la collectivité.

Mais cependant, comme le remarque  G. Benrekassa, la rencontre de Rousseau avec ce qu’il croit être les réalités de l’Histoire, ou du moins avec ce que, selon lui, elle a pu réaliser du concept majeur de la théorie politique, provoque un redoutable choc en retour sur la théorie même. La volonté générale s’exprime par le vote, mais pour le droit « d’opiner, de proposer, de diviser, de discuter », le gouvernement « a toujours grand soin de ne le laisser qu’à ses membres ». Tout adepte de la démocratie et tout disciple de Rousseau est ici gravement alerté.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Ch. Romain 25/04/2010 08:51



Vous êtes-vous renseignée sur la stochocratie ?


Si vous pouvez le trouver, je vous conseille la lecture de "La Stochocratie" par Roger de Sizif, éditions Les Belles Lettres.    ;-)



Mirabelle 25/04/2010 08:57



même réponse que sous le précédent article ...


petite précision complémentaire, vous avez également le livre de Grabinszky "Manifeste pour uen
nouvelle démocratie" ...


 



Françoise Boulanger 18/04/2010 17:12



"(...) la politique que Rousseau formule avec la plus grande précision: « trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la
personne et les biens de chaque associé et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et demeure aussi libre qu’auparavant. »"


"Vaste programme", aurait dit quelqu'un de grand !


"Stupide et dangereux pour mes privilèges" dirait quelqu'un que je ne nommerai pas, plutôt moins grand...


"Faisons-le" doit dire le MoDem !



Mirabelle 20/04/2010 11:02



... à chacun ses délires ! ...


amicalement



Thierry P. 16/04/2010 21:24



Merci pour cette présentation synthétique des idées de JJ Rousseau.