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Les pages politiques de Mirabelle

Les pages politiques de Mirabelle

La chatte rebelle et sans parti

Une parisienne à la campagne

Curieux notre Crapaud, presque indiscret … me demander de raconter ma vie à la campagne, j'ai bien failli refuser … je n'aime pas parler de moi … mais à la réflexion j'ai trouvé que l'idée de raconter comment une femme seule et allochtone pouvait vivre en pleine cambrousse pouvait être sinon intéressant, au moins original.

Comment de Paris ai-je pu me transplanter ici ? Si je vous dis à cause d'un coup de foudre, vous allez vous marrer … en fait, ce n'est pas une histoire de chéri, mais un réel coup de foudre pour le lieu... c'était à l'automne, dans les années 80, mon futur mari m'avait emmenée dans une vieille maison de campagne, après plus de deux heures de route et un mal de cœur persistant à cause de sa conduite automobile, épuisée au fond du siège, je ne faisais plus trop attention au paysage … quand tout à coup, bifurquant dans un petit chemin, je suis restée éblouie par le soleil dans les branches des arbres qui faisait chanter les feuilles d'automne... ce fut pour moi une révélation.

Depuis ce jour lorsque j'avais envie de paix, de bon air et d'espace c'est ici que je venais.

La Normandie a ce merveilleux avantage d'être mer et campagne...et pour être issue d'une famille de peintres, des couleurs, des demi-teintes fabuleuses.

Je m'y ressourçais donc jusqu'au jour où je n'ai plus trouvé la force de rentrer vers la capitale ! Là j'ai calé net, d'un seul coup ! La maison n'était pas vraiment en état, je m'y accommodais.

Les gens du pays se mirent à ricaner : « elle ne tiendra jamais » … voici maintenant presque 20 ans que j'y suis ! J'ai troqué mes escarpins pour des ballerines ou des bottes, mais je ne suis jamais devenue une paysanne : les travaux manuels n'ont jamais été ma spécialité, à chaque fois que j'ai tenté je me suis déglingué le dos !

Sans complexe pour autant, j'ai considéré que je n'avais aucune raison de forcer ma nature, je me trouvais donc veuve, en pleine nature, et en plus avec une réputation d'intellectuelle puisqu'il courait le bruit, qu'écrivain, j'étais venue chercher ici l'inspiration !

Lorsque je dis en pleine nature, c'était vraiment la brousse !!! pas dans un petit bourg … non, le premier voisin était à 500 mètres ! Le bourg à presque 2 km … en fait j'étais en plein champ avec les vaches ou les brebis pour témoins... quand on pensait à les faire paître par là !

En fait, bien souvent j'avais pour seule compagnie les lapins, les renards, les blaireaux, les écureuils, les chevreuils et les oiseaux.

Restée donc seule après des années de mariage et de travail, je décidais de reprendre des études de droit laissées en plan. Cela occupait mes journées, j'avais perdu l'envie de vivre une vie rapide, mouvementée et je limitais donc mes activités, choisissant les études et la contemplation.

Seuls les moments de présence à la fac me ramenaient à la civilisation. Mais, plus âgée que les étudiants, ceux-ci bien que charmants avec moi mettaient une certaine distance, me voyant plus proche de la génération de leurs parents que de la leur …

La situation s'est cependant corsée lorsqu'après avoir validé deux DEA, j'ai choisi après bien des hésitations de finir mon cursus par une thèse … J'ai pu passer des semaines entières sans rencontrer un chat, sans un seul coup de téléphone, et parfois même avec la TV en panne !!! Le lâcher-prise total.

Mon environnement très vert, ma maison située au creux d'une vallée, m'avaient fait surnommer cet endroit « mon berceau vert » mais parfois aussi, je pensais que ma maison était mon tombeau.

Car si l'indépendance et la solitude peuvent se penser comme une grande liberté, cela peut parfois aussi devenir une prison... peu à peu, sans s'en rendre compte, on sort du circuit social et on prend toute la mesure de la condition humaine quand d'autres s'étourdissent dans les tourbillons de l'hyperactivité et des relations superficielles.

Dans cette maison j'ai connu par cet isolement de très grands bonheurs et de très intenses douleurs. J'ai été au bout de moi-même, j'ai éprouvé ma résistance, appris mes limites et à les repousser toujours plus loin. Dans cette maison je suis parfois allée me promener au paradis et parfois descendue en enfer …

Et puis, tout doucement, peu à peu je suis revenue à la vie temporelle …je me souviens bien du moment, c'était en janvier 2007... lorsque ne croyant plus en grand chose, j'ai entendu François Bayrou... là, j'ai trouvé la force de sortir de ma torpeur de belle au bois dormant et d'aller retrouver la civilisation...pour la première fois, un homme politique osait … et pour ce courage, j'étais prête moi aussi à me battre.

 

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Claire Fontaine 08/11/2009 19:32


Je comprends mieux. A bientôt


Claire Fontaine 08/11/2009 19:11


Il y a des choix évidents qu'on fuit quand on n' a pas le courage ou la  force de les affronter, aussi,  je dis bravo .


Mirabelle 08/11/2009 19:22


Jusqu'au jour où la fuite est tellement insupportable qu'on n'a plus le choix et que soit on meurt soit on avance ...


Claire Fontaine 08/11/2009 17:05


Chapitre "femmes seules" c'est vrai: tu es jeune, tu fais peur aux femmes mariées, tu es vieille, tu n'interesses plus grand monde o-) mais je me suis aperçu justement - c'est la deuxième fois que
je me rerouve seule et je voulais mieux vivre ma solitude que la première, qu'il y avait tant de choses à faire, associations, actions au niveau des collectivités locales, investissement politique.
Finalement on peut plus facilement nouer des contacts puis se faire des amis que je l'avais craint. Le danger, est que je suis casanière, ce j'appelle vivre en ermite. Donc  je me suis secouée
et ça va. Maintenant, je crois que je suis acceptée dans mon village et bien intégrée.
Quant à internet: c'est une telle ouverture d'avoir le monde en direct près de soi.
 
Et toi, pas de contact avec la ville ?  pas de voisins proches ?
comment milites-tu, par internet seulement ou tu as une Fédé pas trop loin ?
En tous cas, ton courage et ta persévérance sont admirables


Mirabelle 08/11/2009 19:06


Oui, on peut faire tout ça à condition de ne pas hésiter à faire des kilomètres et de n'avoir pas envie de vivre vraiment sa solitude. Moi, j'en avais besoin, j'avais besoin de m'isoler et de
reprendre mon souffle. Et puis mes études m'empêchaient de me concentrer sur autre chose, je n'étais mentalement pas disponible. Pour la politique, oui, c'est une des choses qui me fait bouger mais
depuis peu ... je milite par internet, localement et au niveau du département ...

merci pour les compliments, mais si je te dis que ce choix s'imposait à moi ?


Claire Fontaine 05/11/2009 09:16


Moi je crois que je n'aurais jamais pu vivre à la campagne sans l'internet.J''aime la nature et le calme, j'ai des activités en nombre mais parfois j'ai besoin de l'animation de la ville ( même
petite).  Et puis on peut se faire des amis, faire partie de quelques associations ..mais c'est quand la nuit tombe qu'on se sent isolée , parfois c'est tellement agréable que c 'est piègeant
. J'ai passé l'hiver dernier sans voir âme qui vive. Je ne me suis même pas ennuyée mais je ne recommencerai pas. J'allais devenir ermite  o-)


Mirabelle 08/11/2009 16:28


j'y ai vécu avant l'internet et cela ne posait pas plus de problème, je pense qu'aujourd'hui om que l'on se trouve on ne peut plus s'en passer, simplement parce que cela fait partie du progrès.
quant à se faire des amis, c'est faisable partout, mais pour une femme seule, c'est toujours plus difficile, quelque soit le lieu ... à moins de rester à copiner avec d'autres célibataires ...
A titre perso je n'ai jamais trouvé les soirées plus difficiles que les journées, au contraire, le soir, il y a la chaleur du lit, la tv, l'odeur du repas ... c'est un moment agréable ...
quant à devenir ermite ??? si vite ???


Fanal Safran 05/11/2009 05:01



J'imagine le silence de la nature dans les moments difficiles... la solitude dans ces moments là doit être aussi profonde en ville peut-être.
Ton récit m'a émue...
Je suis aussi dans un petit village. Quand tout va bien c'est une merveille, mais il m'est arrivé d'avoir deux ans de galère avec une capsulite et là tout est loin, pharmacie, commerces... quand
on ne peut plus conduire pendant des mois et qu'il n'y a pas de transport en commun.
Mais autrement c'est si beau.
Bises, Dany







Mirabelle 08/11/2009 16:22


une capsulite ??? je crois bien que j'ai à peu près la même chose en ce moment !!! oui ! pas top d'être souffrante quand on est seule et isolée ... cela m'a fait prendre conscience d'autres limites
... je ne les voyais pas arriver si tôt !